Au quotidien, nous sommes 9 à porter le projet social, solidaire et environnemental du lieu 365 jours par an. Nous apportons à la fois nos compétences complémentaires, nos personnalités très différentes, mais aussi et surtout un engagement très fort dans une aventure qui rejoint chacun de nous dans ses valeurs profondes, bien au delà de la dimension professionnelle...
Nos missions :
- deux binômes de permanents de Lieu de Vie se relayent 24h / 24 et 365 jours par an pour prendre soin des adolescents et des familles orientées par l'Aide Sociale à l'Enfance, et accueillir également tous les touristes solidaires qui viennent apporter leur contribution au projet. C'est tous ensemble que l'on fait vivre la maisonnée, du ménage aux grands repas partagés.
- Tous les adultes sont responsables de l'animation du lieu et garants d'un cadre qui protège chacun dans ce qu'il est et dans sa fragilité, mais aussi dans ses besoins spécifiques.
- Nous attachons une importance spéciale à la parole, par des rituels quotidiens qui permettent de nommer ce qui se passe en nous, mais aussi d'apprendre à être écoutés jusqu'au bout.
- Nous sommes dans une démarche de réflexion collective co-construite avec les jeunes, les familles et avec les partenaires : nous n'avons pas de vérité, mais nous cherchons ensemble ce qui est le plus juste et le plus aidant
- Nous sommes donc, en tant qu'adultes, au travail sur nous, comme nous demandons aux jeunes d'être au travail sur eux : cette cohérence systémique se travaille aussi en analyse de pratiques, une fois par mois. Nous partons du principe que le transfert existe forcément lorsqu'on est éducateur, et que l'affect est inévitablement présent : plutôt que de nier l'évidence, si on mettait cela en travail dans notre relation d'accompagnement ?
Comment as-tu découvert les Jardins de la Source ?
J’ai une très bonne amie éducatrice qui a fait un essai aux Jardins l’année dernière pour un poste. Elle avait adoré son expérience, et m’avait conseillé de visiter les Jardins, “parce que c’est grave mon délire”.
Effectivement, j’apprécie les lieux désinstitutionnalisés et j’ai toujours été attirée par ce que proposent les lieux de vie en général - d’ailleurs, je rêve de créer plus tard un lieu de répit en campagne.
J’avais donc gardé en tête tout ce temps le projet des Jardins de la Source.
Ceci dit, je n’ai pas pensé aux Jardins en premier lieu. Initialement je pensais solliciter la clinique de la Borde. C’est une clinique qui pratique la psychothérapie institutionnelle, et donc où le lien soignant et patient est très horizontal dans l’accompagnement. J’ai l'impression que ce sont des endroits qui permettent de déjouer beaucoup de violences sur le public accompagné du fait de ne pas raisonner en organisation verticale. Et je suis très touchée par la question des violences institutionnelles. Donc j’ai envie de travailler avec des structures qui proposent des modes d'accompagnement qui permettent de les déjouer le plus possible.
Avais-tu des attentes et est-ce que ton expérience y a répondu ?
Je pense que ma seule attente réelle c’était d’obtenir de la matière pour mon mémoire, parce qu’après je ne savais pas ce que j’allais trouver ici.
Le sujet de mon mémoire n’est pas bien défini, mais ce sera autour des questions d’attachement (du jeune envers son référent et inversement).
J’ai envie d’aborder la notion de transfert et contre-transfert, de distance professionnelle …
D’ailleurs, la notion de distance à garder avec jeune c’est quelque chose qui ne me parle pas du tout. Qu’on a longtemps enseignée aux éducateurs et qui est un peu revue aujourd’hui.
Moi je trouve que garder consciemment de la distance, c’est mettre une barrière dans la relation à l’autre. C’est de la peur de la relation. Personnellement j’aime parler de proximité ou de présence, et c’est important pour moi.
Et j’ai trouvé ça aux Jardins. On apprend aux jeunes ce qu’est une “vraie” relation. Pour beaucoup ils ont comme modèles des relations peu saines ou destructrices. Donc oui, dans la vraie relation on va s’attacher, créer du lien, et aussi vivre des séparation (quand ils partent, ou nous). Ce sont des choses qui font partie de la vie, et c’est ok, c’est le jeu - il faut juste leur montrer comment ça peut bien se passer. Acceptons de s’attacher, et de rompre, mais de manière saine.
Ça demande d’être à l’aise avec soi-même et ses propres limites c’est sûr !
Ce lieu m’a vraiment montré la voie que j’aime. C’est une révélation. On parle beaucoup de cadre familial quand on est aux Jardins. Et c’est vraiment ça. On laisse la place à l’attachement, à la présence, et moi je trouve ça très sain.
Donc oui ça a été plein d’expériences, d’électrochocs, il a fallu poser des limites, et c’était super intéressant !
mars - avril 2025
Louise, peux-tu nous donner le contexte de ton stage aux Jardins ?
Je viens de Strasbourg, où je travaille depuis deux ans dans un foyer d’actions éducatives (FAE) qui accueille des jeunes filles de 15 à 18 ans.
J’ai d’abord été animatrice accueillante. Je m’occupais de la vie quotidienne, de prendre les appels, de mettre en place des partenariats et des activités. J’adorais mon boulot ! Puis j’ai été référente de deux adolescentes du foyer. J’ai commencé à accéder à un autre niveau d’accompagnement, et j’ai eu envie de passer mon DEES (diplôme d'état d’éducatrice spécialisée).
C’est un diplôme que je fais en apprentissage, en étant toujours salariée du même FAE.
En suivant cette formation, il est possible de faire un stage de deux mois dans une autre structure. C’est facultatif et notre seul temps de stage sur les 3 ans ! Je trouve déjà que c’est trop peu, alors je n’ai pas hésité !
Quelle est la première chose que tu as pu remarquer en effectuant ton stage aux Jardins ?
Il y a énormément de sincérité ici ! Dans le sens pas de mensonges, et où on dit quand on se trompe, y compris aux adolescents accompagnés. Ça c'est ce que j'aime !
C’est en effet un lieu avec beaucoup d’horizontalité, et on le voit dans la participation des jeunes eux-mêmes dans l’accompagnement qu’on leur propose. Ils sont parties prenantes et acteurs de leur projet de remobilisation.
Comment s’est déroulé la suite de ton stage ?
Ah bah super !
Déjà j’avais l’habitude de bosser avec des ados. Donc même si ici ce sont des garçons et que j’avais l’expérience des filles, j’étais assez à l’aise dans la relation.
Bien sûr il y a eu des choses un peu compliquées.
Par exemple, j'ai vécu ma première expérience avec un jeune qui s’est trouvé dans la séduction avec moi. C’était la première fois que j’étais dans cette situation, c’est un peu étrange.
J’ai été très bien soutenue face à cette difficulté. Et je sais aussi poser mes limites. Donc ça s’est déjoué et on a pu continuer sans problème.
J’avais l’habitude aussi de travailler en équipe. Et c’était très fluide parce que l’équipe est très bienveillante. Donc au global l’entente était facile, avec les membres de l’équipe et avec les jeunes.
Et il y a aussi le lieu. Que dire. L’énergie du lieu, des relations... C’est un tout cet endroit !
Est-ce que tu notes d’autres différences, entre ce qu’est l’accompagnement aux Jardins par rapport à d’autres institutions ?
Et bien je sens une différence entre les jeunes des Jardins et ceux d’autres cadres.
Le fait qu’ici ils sentent qu’on les aime - j’imagine que c’est ça - je trouve qu’il y a moins de colère en eux. Au foyer, je sens des jeunes filles très en colère contre le système, et c’est une colère qui s’exprime h24. Et je pense qu’ici les garçons ont de la colère bien sûr, mais déjà elle n’est pas dirigée contre la structure.
Que dirais-tu à un ou une prochaine stagiaire des Jardins ?
Dans les moments les plus difficiles, il faut bien se connaître et être à l'aise avec l'idée d'avoir des failles.
C’est une expérience qui nécessite d’être engagé.e et être au clair avec son engagement. C’est ce que j’ai aimé aussi ici, rencontrer des professionnels qui ont un fort sens de l’engagement dans leur travail.
Et il faut travailler sur soi. Tu ne peux pas y échapper car ton expérience ici va te confronter à ce qui est difficile pour toi.
Comment s’annonce la suite pour toi ?
Je vais finir mon apprentissage et rentrer au FAE et retrouver les filles, pour encore un an et demi. En essayant de fait transparaître un petit peu ce que j’ai appris ici, sans non plus bouleverser l’institution puisque le cadre n’est pas du tout le même :)
Est-ce que tu as un dernier retour à partager ?
Merci, c'était trop bien !
Ah et si, pendant mon stage j’ai vécu sur le lieu de vie. Et c’est hyper important je pense dans l’expérience. À la fois ça aide à être pleinement engagé et laisse place à de grandes possibilités d’accompagnement. Et en même temps il faut savoir quand dire “stop - là j’ai besoin de rester seule avec moi-même”. Il y a une sorte de risque lié à ce mode de vie si on n’a pas conscience de ses limites.
De mon côté, j'avais la chance de retourner à Strasbourg de temps en temps ou d’échanger avec mes amis de l’extérieur. Et je pense que c’est très important de garder un ancrage à l’extérieur pour prendre du recul sur ce qui se vit aux Jardins, et ne surtout pas perdre cette capacité.
Et pour terminer, je parlerai de la notion de contenance. Je trouve qu’il y a un vrai travail sur la contenance psychique qui est fait et que je trouve assez formidable.
Pas du tout dans le sens d’une entrave ! Plutôt "comme si on te faisait un câlin, mais dans la tête." Quelque chose d’enveloppant, où tu te sens soutenu / contenu.
Quand je parlais de déjouer les violences institutionnelles - en règle générale, c'est aussi déjouer la violence des jeunes envers les éducs. Et qu’est-ce qu’il fait que ces adolescents, ils vont être violents à l’école, dans leur famille, dans leur foyer, et pas ici ? Je pense qu'avec tous les câlins qu'on leur fait “dans la tête”, et bah ils se contiennent - avec tout le cadre, l'enveloppement, tout l'amour qu'on leur apporte. Et c'est génial, cette proximité, présence, ce temps qu'on leur accorde !